Jocelyne CORBEL interrogée par Catherine RINALDO

Jocelyne et catherine

 

 LA REVANCHE DES SANS-PERES EN COTENTIN

 

Catherine Rinaldo : Jocelyne, je viens de lire ton dernier roman « La revanche des sans-pères en Cotentin », est-ce que ce sont des faits réels ?

Jocelyne Corbel : Au départ, mon héroïne, Murielle, était parfaitement fictive, je n’ai connu personne voulant venger les bâtards de sa famille. Par contre les drames familiaux qu’elle raconte à son amie Amélia sont véridiques : soit ils ont eu lieu dans ma famille, soit ils m’ont été rapportés…

Tu me dis « au départ elle était fictive », est-ce qu’après elle ne l’était plus ?

Exactement. Alors que je racontais une scène où Murielle tombait malade après la naissance de sa fille Léa, je me suis rendue compte que je décrivais un drame qui s’est déroulé dans mon entourage proche et qui m’a fait beaucoup souffrir. L’écriture d’un roman est une aventure. On se laisse embarquer dans une histoire qui ne se déroule pas toujours comme on l’avait prévu. On est habités par nos personnages et ces personnages ont un destin. Ils nous mènent vers ce destin.

C’est ton quatrième roman je crois. Celui-ci a une particularité. Tu dis dans ton avant-propos que tu as glissé une difficulté qui t’étonne car tu es éprise de liberté ; par exemple en poésie, tu as choisi le vers libre pour te libérer des règles du classique qui peuvent mener à l’artificiel ?

Oui, cela fut une sorte de jeu. Chaque chapitre commence par une citation de l’incipit d’un ouvrage d’un autre auteur, c’est-à-dire la première phrase de son roman. J’invite ainsi 45 auteurs dans ce livre, dont 24 Normands.

Tu dis, je te cite « L’idée de commencer mes chapitres avec les mots des autres vient peut-être du fait que j’ai toujours été attentive aux maux des autres ». Tu parles sans doute de ton métier ?

Oui, j’étais infirmière. Mon troisième roman « Petites escales et longs séjours » est en sorte une chronique des êtres vivant dans une maison de retraite, où j’ai travaillé pendant 20 ans.

On voit que tu connais la région de Cherbourg. Tu décris aussi bien la Hague que le Val de Saire…

Eh oui c’est mon enfance et ma jeunesse. Je suis née à Cherbourg. Maintenant j’habite la banlieue sud de Caen.

Tu écris aussi de la poésie et des documentaires ?

J’ai commencé par la poésie vers 14 ans. J’ai écrit une douzaine de recueils, ainsi que deux de nouvelles. Pour les essais : je suis une passionnée de généalogie et j’ai raconté mon cheminement vers la découverte de l’histoire familiale (« Du pied de notre arbre » Ed. Christian), ce qui m’a entraînée à m’intéresser aux métiers d’autrefois. Quatre d’entre eux sont décrits et illustrés dans la collection « Métiers d’autrefois en Normandie » aux Editions Corlet : potiers, vanniers, laveuses à domicile, couturières et repasseuses. Trois autres devraient sortir prochainement : dentellières, gardiens de phare et métiers autour du lait.

En somme tu t’intéresses à beaucoup de choses ?

J’aime la lecture, l’écriture, la peinture, la photo, les cartes postales, l’ici et l’ailleurs, les humains dans leur individualité. Chaque vie me fascine. De la naissance à la mort. Au fond chaque vie est un roman…

Pourquoi précises-tu « dans leur individualité » ?

Parce que dans leur globalité, au contraire, ils m’effraient par leur nature qui tend vers le mal, la haine, l’égoïsme, la jalousie, l’autodestruction….

Tu es pessimiste ?

Je suis lucide, mais je garde l’espoir que chacun de nous combatte ses instincts négatifs. Tout n’est pas perdu. J’ai cinq petits-enfants et j’essaie de leur faire passer le message de l’amour plutôt que la haine, comme je l’ai fait pour leurs pères.

Belle leçon de vie ! Mais, lorsqu'une personne malveillante essaye de s'immiscer dans ta vie, quelle est ta réaction ?

Je n’ai pas vécu cela souvent. Une fois au niveau familial mais venant de l’extérieur de la famille, une autre fois dans le cadre professionnel, une histoire de jalousie bête et méchante. Première chose j’observe, je cherche à comprendre ce qui se passe. Ensuite je parle avec la personne pour dénouer la situation. J’essaie de ne pas être agressive car l’agressivité appelle l’agressivité. Mais si on ne met pas de mots sur le problème on s’embourbe.

Arrives-tu à faire passer ce message à tes proches ?

J’essaie dans les petits conflits de mettre en avant la compréhension, la tolérance, le pardon, le respect, de mettre de la distance pour repasser ce qui chiffonne, de l’humour quand j’en ai encore l’énergie. Je sais aussi que je peux agacer avec ces principes ! Les rancuniers ne comprennent pas et pensent que je suis plutôt naïve… La gentillesse n’a pas la cote.

Que penses-tu des "non-dits" en famille ? Tes personnages ont l'air d'avoir mal vécu cette situation !

Le « non-dit » est le plus grand poison qui soit. Il a détruit bien des familles qui survivent en faisant semblant ou en étant toujours sur la défensive d’un conflit en gestation. J’ai eu l’occasion de le constater maintes fois en écoutant les malades et leurs familles. Le « non-dit » a déstructuré des individus qui auraient pu, sans « ce poids sur la patate », vivre mieux et éviter de faire souffrir leur entourage.

Tu as des projets ?

Heureusement ! Comment vivre sans projets ? Ma santé ne me permet plus de voyager et de faire tout ce que j’aimerais, mais écrire et lire restent possible. J’en profite !!! Les mots comme des aliments : consommation, énergie, excrétion… Je suis plongée dans la rédaction d’anthologies à thèmes. Depuis des années je recueille des citations au gré de mes lectures. Je les classe, rédige une courte biographie des auteurs…

Tous les auteurs ?

Je citais tous les auteurs, mais mon éditeur n’est intéressé que par les écrivains normands.

Cela restreint beaucoup…

Oui, c’est vrai, le tri est difficile, mais je lis beaucoup les écrivains normands justement, et le choix est grand quant au style et au genre. Pour ceux qui l’acceptent, et je n’ai jamais eu de refus, mes amis de la SEN (Société des Ecrivains Normands) et de « Auteurs en Cotentin » seront cités, à condition de les avoir lus bien sûr…

Tu travailles sur quels thèmes ?

Une vingtaine, sur les animaux, les 5 sens, coutumes et traditions, la flore… la mer, l’enfance, les gares et aéroports, la guerre, les jeux, jouets et sports, la lecture, maisons et jardins, métiers, mode, musique, neige, objets, les arts, le temps qui passe, le temps qu'il fait, qualités et défauts, rires et larmes ...

Vaste programme ! Merci Jocelyne d’avoir répondu à mes questions.

C’est moi qui te remercie.

Catherine RINALDO

26 mai 2014

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