Philippe TYPHAGNE interrogé par Daniel LESAGE

Plateaux cabines 3 et 7

 

«La mort du projectionniste»

 La dernière séance de Philippe Typhagne

 

Quand Typh, alias Philippe Typhagne, troque la caricature pour le cinéma, cela donne «La mort du projectionniste». Mais que nul ne s'y trompe, il ne s'agit nullement du titre d'un film à suspens, ni même d'un polar sanguinolent. «La mort du projectionniste» est un livre qui conte l'histoire d'un passionné de la pellicule, qui ressemble à s'y m'éprendre à Philippe Typhagne, qui durant 20 ans, dans l'isolement de la cabine de projection de quelques cinémas mythiques cherbourgeois, fit les beaux soirs de milliers d'amoureux du 7éme art.

Bien plus que sur les changements de bobines, la pellicule «35mm», la cabine «double poste», le projecteur dont la lumière est produite par deux charbons dans une lanterne à arc, Philippe Typhagne invite le lecteur à se ré-imprégner d'une époque où le numérique n'avait pas encore envahi notre quotidien. Il nous propose de redécouvrir les réalisateurs légendaires, qui ont marqué les années 70, que sont Costa Gavras, Yves Boisset et que fut Claude Sautet, pour ne citer qu'eux.

 Au fil des 110 pages de l'ouvrage, illustré de photos de matériel d'époque et de lieux emblématiques, défilent le court-métrage, une publicité pour des glaces et les bandes annonces de la première partie de la séance ; le lecteur se remémore et se distrait de l'écran publicitaire local déployé à l'entracte, puis, tandis que décline la lumière d'ambiance, apparaît sur la toile blanche le monumental logo «20th Century Fox». Dans le sanctuaire de la cabine, le projectionniste œuvre avec diligence. Une description, une atmosphère, qui ne peuvent que ravir les générations d'après-guerre, dont le cinéma a souvent constitué le principal divertissement du samedi et dimanche soir. Les générations d'aujourd'hui y trouveront matière à affiner leur culture du cinéma d'hier. «La mort du projectionniste » : un ouvrage bien écrit, qu'on lit comme un roman, d'une traite, sans entracte. Savourez simultanément un bonbon Kréma et vous goûterez le summum. «La mort du projectionniste» c'est avant tout l’œuvre d'un passionné, qui n'a qu'un seul regret, écrit-il : «celui de ne pas avoir su faire partager sa passion et la transmettre ». Gageons que «La mort du projectionniste » contribuera à le démentir.

 

Les Auteurs en Cotentin : En lisant «La mort du projectionniste», outre les pérégrinations de la fonction contée avec rigueur et saveur, le lecteur va découvrir que projectionniste est un vrai métier. Or, comment le devient-on et qu'en est-il aujourd'hui ?

Philippe Typhagne : Il faut désormais parler au passé – d'où le titre de l'ouvrage – car aujourd'hui la fonction relève des métiers du numérique et de la vidéo. En d'autres termes : le multimédia. Je n'avais pas vocation à exercer cette profession. Quoi que... Comme je l'écris dans livre : « Mon éducation cinématographique s'est faite au fils des ans grâce au petit écran. D'abord chez mes grands parents puis chez mon oncle et ma tante et enfin chez mes parents, derniers membres de la famille à acquérir un téléviseur. La séquence du jeune spectateur, diffusée le jeudi, le film du dimanche soir, dont je ne voyais pas la fin parce qu'il y avait école le lendemain... » puis Au cinéma ce soir, Le ciné club sont autant d'émissions qui ont bercé mon enfance et ma jeunesse. Aussi en 1974, pendant ma deuxième année de formation au métier de dessinateur en bâtiment, lorsque qu'un surveillant de l'établissement m'entretint qu'il était projectionniste au Studio 70 à Equeurdreville et m'invita à venir voir en cabine comment se déroulait une séance, je bondis sur l'opportunité. Je suis alors fasciné ! Je décide de faire la même chose. Après quelques semaines de formation sur le tas, j’intègre l'équipe de bénévoles. Je deviens projectionniste. Mais je n'exercerai cette activité professionnellement qu'en entrant au Club 6 de Cherbourg en 1984 et serai titualire du C.A.P de « Projectionniste en Spectacles Cinématographiques », l'année suivante

Au fil des pages du bouquin l'on constate que Philippe Typhagne est bien plus qu'un projectionniste. C'est un véritable passionné de cinéma ?

Effectivement, je ne me contente pas de projeter des films. Je participe à l'entretien de la salle et mets mes compétences de dessinateur à réaliser l'enseigne du Studio 70. Vingt ans plus tard je confectionnerai la tête et la cage thoracique d'un dinosaure qui, de ses trois mètres de long et deux de haut, animera la façade du cinéma Odéon à Cherbourg lors de la sortie du film de Steven Spielberg : Jurassic Park. Je crée également un ciné-club à Octeville et participe au lancement du Festival du Cinéma Britannique. En fait, tout ce qui touche de près ou de loin au cinéma m'intéresse.

Au point de réaliser des petits films avec une caméra Super 8, de «parcourir» les festivals de Deauville à Cannes, afin d'y côtoyer des artistes et des réalisateurs et de franchir l'Atlantique pour visiter les studios d'Hollywood. Sans oublier l'expérience, apparemment très anxiogène, de figurant. Philippe Typhagne serait-il un cinéaste frustré ?

Oui j'aurais aimé réaliser des films. Le lecteur le découvrira dans l'ouvrage, je suis un touche à tout du ciné. J'ai été initié par mon oncle qui était lui aussi un mordu de cinoche. Très jeune j'ai été cameraman, monteur, bruiteur et en 1981 figurant aux côtés de Simone Signoret et Philippe Noiret dans la production L'Etoile du Nord. Et l'envie de faire un film me titille toujours.

La mort du projectionniste intervient en 2004. C'était inéluctable ?

Je ne suis plus projectionniste depuis 2004, victime collatérale d'une sévère concurrence entre deux complexes qui a conduit à la fermeture du cinéma qui m'employait ; mais c'est l'obligation pour les exploitants d'équiper toutes les salles en numérique, fin 2012, qui a annoncé la mort du métier de projectionniste tel que je l'ai exercé. Je crois pouvoir dire que durant vingt années j'ai été un privilégié en pratiquant une activité merveilleuse.

Est-ce à dire que le projectionniste Philippe Typhagne a touché le Graal ?

Oui sûrement, comme Indiana Jones dans La Dernière Croisade. Et ce livre en est le témoignage.

Daniel Lesage

Octobre 2014

 

 

 

«La mort du projectionniste» La griffe du chat  95, rue Carnot 50130 Cherbourg-Octeville : 10 €

 

 

 

Sous le pseudonyme Typh, Philippe Typhagne caricature l'actualité depuis 2003

 

Ouvrages publiés,  label : « La Griffe du chat »

 

« L'actu par Typh » (2003-2009) – Tome 1 (2009)

 

« L'actu par Typh » (2009-2010) – Tome 2 (2010)

 

« L'actu par Typh » (2010-2011) – Tome 3 (2011)

 

« 10 ans de caricatures » (2013)  

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×